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le 15-03-2010 / 20:33
categories EXPLORATION VESTIBULAIRE

Bilan Prétherapeutique
Développement Bilan
Epreuve Rotatoire Impulsionnelle
Nystagmus Spontané sous VNS
Head Shaking Test
Epreuve Calorique Calibrée
Nystagmus Otolithique
& Cervico Oculaire
Oculomotricité
Equitest
Exploration Vestibulaire

  Epreuve Rotatoire Impulsionnelle, E.R.I. (Bilan)

C'est un temps essentiel du protocole. Elle peut être étudiée en vidéoscopie ou enregistrée en vidéographie. Sa réalisation est capitale.

Mais elle n'est interprétable avec fiabilité que si le praticien accepte la rigueur d'une méthodologie, au demeurant simple. De plus, elle est reproductible dans la même séance (ce que n'est pas l'épreuve calorique ... ). Elle permet une étude dans des conditions physiologiques (qui pourrait citer un seul mouvement quotidien qui ne met pas en cause les deux vestibules ?) de l'ensemble des voies vestibulaires, de la périphérie au centre. Pour toutes ces raisons afin que les choses soient désormais et définitivement claires, nous développerons étape par étape la genèse, la physiologie, les conditions de réalisation et les modalités d'interprétation de ce test maintenant fondamental.

La réalisation pratique de cette épreuve est simple. Le sujet, tête immobile, assis sur un fauteuil est soumis à une rotation horaire puis anti-horaire de 180° en 9 secondes. Durant la rotation, les secousses nystagmiques sont comptées (ou enregistrées). Après chaque rotation, un arrêt de 10 secondes est respecté afin d’observer d’éventuels mouvements oculaires nystagmiques.

L'élaboration du test est partie, pour l'un d'entre nous, d'un ensemble de constatations quotidiennes et de vérités implacables :
• la cruelle constatation qu'il n'y a pas de corrélation entre signes et symptômes ;
• la formidable déconvenue d'un patient rééduqué reprenant une vie normale et qui après un ENG de contrôle s'entend dire : "il n'y a pas de changement" !

Dans la panoplie des outils d'évaluation de la fonction d'équilibration, le premier et le seul qui ait permis de quantifier l'utilisation des entrées et le suivi de la compensation corrélée avec la disparition des symptômes d'un sujet est l'EquitestTM. Mais il faut reconnaître que son coût n'en permet pas une grande diffusion...

Sachant que l'équilibre ne peut exister sans stabilisation du regard, que la marche automatique ne peut se faire sans la capacité d'anticiper avec le regard la direction du trajet, et que l'équilibration n'est pas un système ascendant des pieds vers la tête mais un système descendant de la tête vers les pieds, nous avons voulu voir comment il était possible non seulement de mesurer le R.V.O. mais encore d'assurer le suivi de la récupération ou de la compensation.

Comme toujours, la découverte est le fruit du hasard. E. Ulmer a fait à l'un d'entre nous l'amitié de nous faire participer à la construction d'un prototype de ses lunettes vidéo. L'utilisation quotidienne de celles-ci, dans un but de familiarisation, sur chaque malade venant en rééducation a donné lieu à une première observation : le nombre de nystagmus verticaux observés était considérable alors que, sous lunettes de Frenzel, rien n'était observé.

Nous avons remarqué qu'il y avait d'autant plus de nystagmus verticaux que la mise en place des lunettes était proche du moment ou le sujet s'était assis sur le fauteuil. A contrario, si le malade était assis depuis un certain temps, il n'y avait pas plus de mouvements verticaux que d'habitude.

Devant cette constatation l'important était de vérifier si ce nystagmus s'épuisait et si tel était le cas au bout de combien de temps. Effectivement, il s'épuisait en un temps très variable pouvant aller de quelques secondes à une minute.

Cette constatation a permis de comprendre l'importance du noir comme responsable de la non-inhibition du nystagmus provoqué par le mouvement vertical descendant du corps pour s'asseoir.

S'il y avait une telle persistance et une telle sensibilité pour les mouvements verticaux, pourquoi ne pas utiliser un paradigme identique pour les canaux horizontaux. Pour ces derniers, nous disposions du fauteuil rotatoire. En faisant tourner un sujet, nous pouvions observer un nystagmus à l'arrêt du fauteuil. Chose logique et normale puisque c'est, à une vitesse différente, ce que nous avons l'habitude d'observer en rééducation vestibulaire et que nous utilisons pour abaisser la constante de temps du R.V.O. du côté sain.

Une autre constatation était que la réponse post-rotatoire sur fauteuil à vitesse basse (celle retenue pour le test) n'était pas forcément corrélée avec les observations, sur un même sujet, à vitesse élevée, comme celles utilisées pour la rééducation vestibulaire à un niveau de 500°/s. Au lieu d'avoir, sans plus, des réponses asymétriques et donc une prépondérance directionnelle nystagmique, il pouvait être observé soit des réponses présentes mais symétriques en post-rotatoire ou bien une asymétrie complète des réponses per et des réponses post-rotatoires.

La vitesse pouvait-elle être en cause ? Pour le comprendre il était nécessaire de tester une population de sujets normaux. Le résultat de cette étude a été :
• en dessous d'une vitesse de rotation de 30° + /- 2°/s, 65% des sujets n'avaient pas de nystagmus à l'arrêt du fauteuil. Les autres avaient entre une et deux secousses.
• En abaissant la vitesse de rotation du fauteuil à 20°/s +/- 2°/s, le nombre de sujet normaux, sans nystagmus à l'arrêt du fauteuil, était significativement plus élevé alors que le nombre de secousses nystagmiques pendant la rotation n'avait pas changé d'une manière significative.

Schématiquement, on pouvait résumer les choses de la manière suivante :
• chez un sujet normal on observe des secousses nystagmiques pendant la rotation du fauteuil et il n'y a pas (ou peu) de secousses à l'arrêt,
• un sujet porteur d'une atteinte déficitaire unilatérale présente un nystagmus post-rotatoire après rotation ipsilatérale au côté malade.

Dans un deuxième temps, après une pratique suffisamment longue pour pouvoir vérifier la reprouctibilité du test entre les mains de multiples utilisateurs, il a été nécessaire de procéder à sa normalisation.

Elle a été effectuée selon des critères statistiques habituels et rigoureux, plusieurs équipes y ont participé en respectant scrupuleusement le protocole d'examen. Nous avons ainsi testé 100 sujets normaux (la moyenne d'âge a été de 46 ans), indemnes de toute pathologie otologique, qu'elle soit cochléaire ou vestibulaire.

Il se posait ensuite le problème de la représentation graphique du test. Conventionnellement, compte tenu du sens du flux endolymphatique, les nystagmus per-rotatoires battent du coté de la rotation du fauteuil et donc du côté de l'oreille ipsilatérale à la rotation. Les nystagmus post rotatoires pathologiques battent du côté opposé au sens de rotation, donc du côté de l'oreille controlatérale au sens de rotation. Nous nous trouvons donc devant une épreuve comparable à l'épreuve calorique binaurale et bithermique. Les nystagmus per correspondent à l'épreuve chaude, les nystagmus post-rotatoires à une épreuve froide.

Il était donc possible d'adapter la conception du «papillon du professeur Freyss» à ces réponses. Cela n'a pas été notre choix pour ne pas prêter à confusion. De plus, chez un sujet normal et pour un grand pourcentage de sujets, l'épreuve froide se serait traduite par une réponse nulle soit une aréflexie bilatérale !

Le concepteur du graphe a donc choisi une représentation dynamique, courbe, pour rappeler qu'il s'agit d'une épreuve rotatoire. Comme dans le "papillon" du professeur Freyss, il convient de relier entre elles les réponses per et les réponses post-rotatoires de chaque rotation, de la même façon que l'on joindrait les réponses chaudes et les réponses froides d'une épreuve calorique.

Les deux lignes se croisent normalement au milieu du cercle de confiance du graphe. En situation pathologique, le déplacement de ce point de croisement des deux lignes se fait du côté dont les réponses sont les plus élevées, contrairement à la lecture de l'épreuve calorique qui indique le côté déficitaire.
Sous vidéographie, cette représentation a pu être exprimée selon les valeurs de vitesses de phase lente des nystagmus per et post-rotatoires éventuels. Cette précision permet une analyse encore plus fine des résultats.

Cette épreuve est, peut-être, encore jeune mais déjà beaucoup utilisée. Il est cependant certain que les formules qui permettent de mesurer la prépondérance directionnelle, la réflectivité relative seront tout à fait applicables.

A partir de ces données cliniques, il importait, pour comprendre les modifications pathologiques, d'expliquer le mécanisme physiologique de cette épreuve.

Ce test se décompose en deux temps répétés deux fois puisqu' il y a une rotation horaire et une rotation anti-horaire de 180° en 9 secondes, chacune étant suivie d'un temps d'arrêt d'une durée de dix secondes.

La rotation s'effectue à vitesse constante et peut se décomposer de la manière suivante : une phase d'accélération (25°/s2) qui dure une seconde, une phase à vitesse constante d'une durée de 7 secondes, une phase de décélération identique à l'accélération initiale soit une durée de une seconde. Il ne s'agit donc pas d'une épreuve à arrêt brusque.

Lors d'une rotation de la tête dans l'espace, la cupule du canal semi-circulaire ipsilatéral au sens de rotation se déplace vers l'utricule. Si la rotation perdure à vitesse constante, la cupule retournera à sa position d'équilibre en 25 secondes +/- 2. Cette durée, appelée "decay" par les anglo-saxons, correspond à la décharge du mécanisme de stockage de vitesse qui est plus longue que le retour mécanique de la cupule à sa position neutre. C'est dans cette phase que nous pouvons mesurer la constante de temps du système canalo-oculaire.
Cette constante de temps est, pour un sujet normal soumis à ce stimulus, de 7,4 secondes +/- 1.

On remarque que cette valeur est très proche de la constante de temps de la cupule.
Ainsi, durant la phase initiale de l'E.R.I. (c'est-à-dire pendant l'accélération de 25°/sec2), la cupule se déplace vers l'utricule et atteint sa déviation maximum en 7 sec +/-1 sec. Alors le"decay" commence mais une seconde plus tard arrive la décélération. Celle-ci va, en fait, ramener la cupule à sa position zéro. A l'arrêt du fauteuil, il n'y aura, de ce fait, aucun nystagmus visible. Les deux secousses parfois notées, restant dans la normalité, sont dues à la variabilité normale de ces constantes de temps.

On peut penser, compte tenu de l'état de nos connaissances, de nos observations et de nos travaux, que le protocole de l'E.R.I. se fait donc a une valeur charnière qui se trouve être le seuil au delà duquel le gain ne change plus, quelle que soit la fréquence de stimulation.

Ce test se place donc à un niveau idéal de compromis d'accélération, de durée et de vitesse pour que la dynamique cupulaire soit respectée tant dans sa déviation provoquée que dans sa remise à zéro, également provoquée.

L'on comprend dès lors aisément que, pour un sujet présentant un déficit unilatéral, la constante de temps du côté lésé aura sa valeur baissée alors que celle du côté sain restera intacte. De ce fait, après rotation du côté lésé, il est observé une diminution de la réponse et, à l'arrêt du fauteuil, la décélération va activer le côté opposé dont la réponse ne sera pas annulée par le retour à zéro de la cupule du côté lésé. On observera donc un certain nombre de secousses nystagmiques battant dans la direction opposée à la rotation et provoquées par la réponse du côté controlatéral au sens de giration. Lorsque la rotation s'opère ipsilatéralement au côté sain, le déplacement cupulaire se fait normalement et il n'y a donc pas de réponse du côté malade.

Nous avons synthétisé, en les simplifiant, ces différentes situations sur les figures ci-dessous :

Mécanismes mis en jeu lors de la rotation horaire chez un sujet normal Mécanismes mis en jeu à l'arrêt de la rotation horaire chez un sujet normal

Modification des mécanismes per-rotatoires chez un sujet déficitaire unilatéral Modification des mécanismes post-rotatoires chez un sujet déficitaire unilatéral

A partir de ces données, l'écriture et la lecture des résultats sur le graphique se font facilement, d'un seul coup d'œil en pratique clinique quotidienne.

Principaux résultats sur ces graphiques

Epreuve Rotatoire Impulsionnelle Normale et Symétrique

E.R.I. Anormale : Asymétrie avec Déficit Droit E.R.I. Anormale : Asymétrie avec Déficit Gauche

E.R.I. Anormale : Symétrique mais niveau de réponse per et postrotatoire important par rapport aux "limites de la normale"

E.R.I. Anormale : Asymétrie complète avec Aréflexie Gauche

E.R.I. Anormale : Asymétrie complète avec Aréflexie Droite E.R.I. Anormale : Graphe complet d'hypereflectivité bilatérale

Il est enfin apparu intéressant d'effectuer une corrélation entre cette épreuve et la classique stimulation calorique. Nous avons confié ces différents tests à de multiples examinateurs qui travaillaient sur même matériel et surtout suivaient un protocole identique et rigoureux. Ces conditions nous ont paru être le minimum à respecter pour vouloir prétendre être fiable et reproductible.

La V.N.G. permet une relecture manuelle des résultats de tous les tests. Cela rend donc possible la correction des inévitables déficiences du seul traitement automatique. Nous pensons, en effet, qu'un praticien ne peut abandonner à sa seule machine (si puissante qu'elle soit) la responsabilité complète du traitement et de l'analyse des tracés enregistrés.


Nous avons pu constater qu'il n'a jamais été noté, sur plus de 100 cas, une E.R.I. normale avec une épreuve calorique pathologique. En revanche, l'inverse a pu être observé. Dans toutes ces situations, des anomalies en imagerie furent mises en évidence. Cela montre donc bien la sensibilité de l'épreuve.

 

  Recherche du Nystagmus spontané ou relève du regard exentré (Bilan)

C'est, après la vérification des conditions techniques (et la calibration en vidéographie), la première étape du protocole avec son enregistrement en graphie.

Elle se fait tout d'abord dans le regard médian. Nous rappelons, à ce propos, l'importance de l'immobilité absolue de la tête. La direction et la fréquence du nystagmus éventuel seront soigneusement notées. Son sens est, par convention, donné par le sens de la secousse rapide.

Nous rappelons dans le tableau ci-dessous les connections des canaux semi-circulaires avec la musculature oculaire extrinsèque. Cela permet de comprendre (voir tableau suivant) les réponses oculaires obtenues par la stimulation isolée de chaque canai semi-circulaire.

Corrélation entre canaux semi-circulaires par rapport aux muscles oculaires (Baloh et Honrubia)

Canal semi-circulaire
Muscles en jeu lors de l'inhibition
Muscles en jeu lors de l'excitation
Ipsilatéral
Controlatéral
Ipsilatéral
Controlatéral
HORIZONTAL
droit interne
droit externe
droit externe
droit interne
SUPERIEUR
droit sup.
oblique inf.
droit inf.
oblique sup.
POSTERIEUR
oblique sup.
droit inf.
oblique inf.
droit sup.

Nystagmus observables par la stimulation isolée des canaux (Leigh & Zee)

observation nystagmus

La modification éventuelle du nystagmus observé par l'allumage d'une lumière visible devant le sujet et sa fixation sera soigneusement notée.

Nous rappellerons qu'il est classique d'observer que le nystagmus d'origine périphérique est fortement inhibé par la fixation. Il n'est pas (ou très peu) modifié si son étiologie est centrale par atteinte du tronc cérébral ou du cervelet.

Nous conseillons au praticien de consigner ses résultats sur le classique diagramme de Frenzel. Celui-ci permet de plus une rapide visualisation de l'intensité du nystagmus (lorsqu'il est unidirectionnel) selon la classique loi d'Alexande .

Loi d'Alexander : degré d'intensité d'un nystagmus horizontal gauche

loi d'alexander, les degrès

Elle se fait ensuite dans le regard excentré. Le nystagmus éventuellement observé dans de telles conditions est aussi appelé "gaze-nystagmus" par les anglo-saxons.

Nous rappelons que la déviation oculaire ne doit pas être supérieure à 30° (comme repère simple, le praticien ne doit pas laisser le bord interne de l'iris de l'oeil opposé au mouvement demandé atteindre la caroncule). En effet, au-delà de cet angle, les mouvements éventuels observés sont en relation avec la mise en jeu de la proprioception des muscles oculaires. Ils sont donc physiologiques.

Si les conditions d'examen sont respectées, ce nystagmus traduit, en règle, une atteinte centrale, cela d'autant plus qu'il est bidirectionnel (nystagmus battant à droite dans le regard vers la droite et à gauche dans le regard vers la gauche).

Nous rappelons, dans ce test, la valeur localisatrice du nystagmus vertical inférieur ("down-beat nysgtagmus" des anglo-saxons) qui évoque fortement une souffrance de la partie inférieure du tronc cérébral (malformation d'Arnold Chiari en particulier).

 

  Head Shaking Test (H.S.T.) ou manoeuvre de secouage rapide de la tête (Bilan)

C'est une épreuve essentielle dans le protocole.

head shaking testElle peut être réalisée :
• Dans le plan horizontal : le praticien fait effectuer à la tête du patient des mouvements rapides de rotation de droite à gauche durant 10 allers et retours environ (Baloh et Honrubia). Les mouvements oculaires sont observés à l'arrêt de la tête en position médiane. Tout nystagmus déclenché dans de telles conditions est pathologique, il indique une asymétrie sur les circuits vestibulo-oculaires. Il bat vers le côté le plus puissant.

Haines et coll. ont suggéré que ce type de nystagmus révélé pourrait être l'expression d'une asymétrie du mécanisme de stockage de vitesse ("velocity storage" des anglo-saxons) dans les voies vestibulo-oculaires. La rotation vers le côté sain entraÎnerait un stockage de vitesse plus important que vers le côté déficitaire. Cette hypothèse est d'ailleurs conforme à la deuxième loi d'Ewald.

Dans le plan vertical : le test est effectué dans les mêmes conditions mais le mouvement de la tête a lieu de haut en bas. Cependant, dans de telles conditions, le nystagmus observé n'a pas de valeur sémiologique univoque. En effet, un nystagmus vertical peut être observé chez des sujets indemnes de toute pathologie des récepteurs ou voies vestibulaires (Baloh et Honrubia).

  Epreuve Calorique Calibrée (Exploration)

Elle peut être effectuée et enregistrée de façon classique.
Nous ne rappellerons pas ici son protocole ni son expression selon le classique "papillon de Freyss". Cependant, certaines considérations sur ce test nous semblent nécessaires.

Si l'épreuve calorique nous montre la compensation du RVO par la disparition du nystagmus spontar et de la prépondérance directionnelle, elle ne nous permet pas de savoir si et comment le labyrinte sain supplée le déficit du labyrinthe malade. D'autre part, s'il est évident que l'épreuve calorique explore chaque côté séparément nous utilisons, dans la vie quotidienne, un couple de capteurs dont l'action est complémentaire.

Depuis que nous utilisons la videonystagmoscopie en routine quotidienne et pour chaque malade nous sommes surpris de constater le coté stéréotypé des réponses chez un sujet porteur d'une vestibulopathie. En revanche, chez le sujet normal il y a une variabilité interindividuelle considérable. L'explication que nous pouvons donner est que : le cerveau d'un sujet normal a une grande liberté de choix des informations. Toutes ces informations sont redondantes, à travers l'apprentissage des tâches, avec 1 années, le cerveau peut choisir et utiliser l'information la plus pertinente, la plus adaptée, la plus efficace pour l'accomplissement d'une tâche avec pour respect: la plus petite dépense d'énergie possible.
Chez le sujet malade, les choses sont différentes, le cerveau :
• soit occulte l'information inadaptée et se sert de ce qui reste,
• soit utilise une copie, un schéma qui a toujours marché et le peu de fois où le système défaillant sera sollicité, il y aura une gêne, mais sans plus.
• ou se trouve dans une situation d'attaque, de panique avec une complète désorganisation. Il utilise alors tout ce qui peut être utilisé sans respecter la moindre forme de hiérarchie et avec une dépense d'énergie colossale. Cette hypothèse expliquerait la grande variabilité des moyens de compensation. Ceux-ci sont en relation étroite et directe avec les besoins, avec la difficulté des tâches à accomplir. Elle explique aussi tout un ensemble de symptômes exprimés par les malades, symptômes retrouvés et décrits par tous les auteurs : fatigue, asthénie, angoisse, comportement différent d'avant, moins automatique, plus conscient, etc.

Le souhait de tout professionnel passionné par l'équilibre est certainement d'avoir une épreuve localisatrice. Il est écrit partout que les épreuves cinétiques sur fauteuil interrogent les deux labyrinthes en même temps et que l'épreuve calorique les interroge séparément. Est-ce absolument certain ?

En ce qui concerne l'épreuve calorique, quel que soit son moyen d'action : courant de convection, gradient thermique entre les deux extrémités du canal, stimulation directe des cellules sensorielles, il n'empêche que, dans les situations @

nous avons un nystagmus gauche en réponse. Or, dans les deux cas l'oreille chaude est l'oreille gauche. Cette dernière est donc la plus active, la plus tonique. Dans les deux cas le « biais », évoqué auparavant, s'est présenté décalé vers la droite. Il est donc logique d'avoir une phase lente vers la droite et rapide vers la gauche. Cette dernière tente de retrouver le « droit devant » référent .

Cette théorie se heurtait cependant aux observations données par l'épreuve calorique monothermique de Conraux. Pour mémoire, il s'agit d'une inversion du sens du nystagmus pour une même température de l'irrigation d'une oreille en passant la tête de la position "vers l'avant" à la position "vers l'arrière".

L'irrigation ne change pas, le canal stimulé est le même et cependant le nystagmus change de sens comme si on avait remplacé l'irrigation chaude par une irrigation froide. Qu'est-ce qui change avec la position de la tête ? L'action du vecteur gravitaire sur le système otolithique. Supposons une irrigation chaude de l'oreille gauche : selon la théorie émise plus haut, la dérive du « droit devant » se fait vers la droite. Lorsque l'on penche la tête en avant le vecteur gravitaire lui ne change pas de sens ainsi que le « droit devant » référent. En revanche, la stimulation calorique fait toujours et encore dériver le « droit devant » vers la droite de la tête. Mais, comme le référentiel, lui, n'a pas changé, on est passé de l'autre coté de «l'équateur».

On se retrouve dans une situation comparable à l'eau qui, en se vidant, tourne dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère nord et dans le sens inverse dans l'hémisphère sud. Le « droit devant » référent dérive toujours du même côté par rapport au vecteur gravitaire, mais la tête est passée de la position «visage vers le ciel» à «visage vers le sol». Il est alors logique que le nystagmus change de sens.

Il ne s'agit donc pas d'un problème de courant de convection. Cela reste en accord avec les observations obtenues en microgravité.

Il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas d'épreuve parfaite. L'épreuve calorique a donc ses carences. Elle n'est pas physiologique, elle interroge à une fréquence excessivement basse (0,03 Hz), elle est totalement dépendante, en ce qui concerne sa symétrie :
- de la capacité des tissus à transmettre la température aux terminaisons nerveuses,
- de la symétrie des températures au fond du conduit,
- de l'absence d'un ménisque d'air entre la surface de la bulle d'eau et de la surface du tympan.

A condition, encore, qu'il n'y ait pas de différence anatomique et morphologique entre les deux conduits auditifs externes....

Que demande-t-on à ces tests ? Il nous apparait qu'il n'est pas possible de demander plus qu'une quantification du fonctionnement d'un système via un arc réflexe.
Pour que la réponse soit pure, il faut supprimer tous les facteurs qui physiologiquement vont modifier la réponse. Il nous semble que le premier facteur d'erreur est le retour visuel.

Peut-on, en effet, considérer que le contrôle du glissement rétinien est standard, constant, et identique pour tous les mouvements oculaires provoqués ? Il importe donc de faire la récolte de ces stimulations dans le noir complet. Pour la réponse elle-même, il nous semble de plus en plus que la mesure en fréquence est peu fiable. La fréquence peut-être le fruit d'une stratégie propre à chaque sujet etvraisemblablement dépendante, non seulement de l'état de vigilance, mais aussi d'un ensemble de facteurs extérieurs corticaux.

La standardisation dans l'exécution et la lecture d'une stimulation calorique deviennent donc délicates. La lecture de la réponse pendant 30 secondes après l'arrêt de l'irrigation est-elle vraiment pertinente ?

On se rend compte en lisant l'ensemble de la réponse enregistrée sous vidéographie que la culmination ne se situe pas toujours au bout de 30 secondes. D'autre part il ne faut pas oublier que les formules de prépondérance directionnelle et d'hypovalence doivent être utilisées avec la vitesse maximale de phase lente. Leur utilisation avec une réponse en fréquence est elle là encore pertinente ? Il nous semble que la véritable mesure d'une épreuve calorique doit être observée avec enregistrement des yeux dans le noir et en utilisant la Vmax (vitesse maximale) de phase lente. Ce que fait E. Ulmer avec les "radis"

 

  Nystagmus Otolithique et Cervico Oculaire

- Recherche de Nystagmus d'origine Otolithique (Bilan)

La recherche d'un nystagmus otolithique ("counter-rolling" des anglo-saxons) est l'étape suivante du protocole d'examen. Il s'agit de la seule manifestation, chez le sujet sain, de l'expression de la fonction utriculaire et sacculaire.

Il est recherché par l'inclinaison douce de 30° à 40°, dans un plan strictement frontal, de la tête vers l'épaule droite puis gauche. L'on observe, durant et au maintien de l'inclinaison, le mouvement des lobes oculaires. Nous conseillons au praticien de repérer une anomalie anatomique de l'iris, de la fixer et de suivre son mouvement durant tout le test. Il est classique de décrire à la contre-rotation oculaire compensatoire deux composantes :
• l'une cinétique qui a lieu durant le mouvement et qui correspond à la mise en jeu de la stimulation des canaux verticaux et des otolithes,
• l'autre statique qui est observée lors du maintien (durant 10 secondes au moins) de l'inclinaison. L'œil reste "contre-roté", cela rend compte de l'état de la fonction otolithique seule.

Le gain de ce réflexe est faible chez l'homme (0,1). Ce test peut être actuellement corrélé avec celui de la verticale subjective et surtout celui des potentiels évoqués otolithiques. Ce dernier étudie de façon objective le réflexe sacculo-collique. Il enregistre des réponses myogéniques au niveau des deux muscles sterno-cléido-mastoïdiens lors de la stimulation par des clicks sonores de durée brève et de forte intensité. Ce test permet de détecter objectivement un éventuel dysfonctionnement sacculaire (C. de Waele).

- Recherche du Nystagmus Cervico-Oculaire (Bilan)

C'est une étape supplémentaire dans le protocole. Ce test consiste à maintenir immobile la tête du sujet tout en faisant tourner le fauteuil vers droite puis vers la gauche. Chez le sujet normal, aucune réponse nystagmique n'est notée. Il ne peut être observé un nystagmus que chez le sujet aréflexique bilatéral (Sémont et al.). La réponse obtenue est alors toujours de sens anti-compensatoire.

 

  Oculomotricité

Il est indispensable, si l'on veut appréhender la fonction vestibulaire dans son ensemble, d'effectuer une ETUDE DE L'OCULOMOTRICITE. Nous ne pensons pas que, sans ces tests, un examen vestibulaire puisse prétendre être réellement complet.

Avant d'aborder l'analyse détaillée des épreuves, quelques rappels physiologiques peuvent être nécessaires.

La vision binoculaire impose de maintenir les deux macula strictement en face de l'image visée. Cela implique une synergie d'action entre les différents muscles oculomoteurs. Nous avons rappelé dans le tableau 3 les différentes actions des muscles extraoculaires.

Les muscles ont un double couplage :
• Au niveau de chaque œil, ils s'organisent en couples antagonistes,
• Entre les deux yeux, ils s'articulent en couples synergiques.
Ces deux systèmes de couplage sont régis par les règles de l'innervation réciproque (loi de Sherrington et loi de Hering). Nous avons résumé ces éléments dans la figure 21.

Tous ces systèmes partagent la même voie effectrice. Elle provient de la région pontique pour les mouvements horizontaux, de la région mésencéphalique pour les mouvements verticaux.

En revanche, les centres initiateurs et les voies de liaison des uns vers les autres sont différents selon qu'il s'agit d'un mouvement de saccade, de poursuite ou du réflexe optocinétique.

L'étude des saccades oculaires est riche d'enseignements cliniques. Ce mouvement balistique pré-programmé est étudié en demandant au sujet de suivre une lumière de diode passant, sans trace intermédiaire, de droite à gauche, sur une rampe de diodes, selon une amplitude de + /- 20°. Le mouvement oculaire est enregistré par le logiciel qui en permet le traitement et l'analyse.

Différents paramètres doivent être étudiés :
• L'aspect général du tracé permet de noter une première saccade (dite de refixation) qui correspond à une amplitude de 90% de l'amplitude définitive. Elle est suivie, environ 130 msec après, d'une deuxième saccade (dite de correction) qui amène l'œil précisément sur la cible.

• La latence de la saccade est un paramètre fondamental. Elle correspond au délai compris entre le départ du stimulus et celui de la saccade de refixation. Elle est normalement inférieure à 250 msec. Restant normale dans les atteintes périphériques, cette latence augmente dans les troubles centraux (Vitte et al., 1983).

• Il doit également être étudié la vitesse maximale de la saccade. Elle est fonction directe de l'amplitude. Pour une amplitude de 40°, la vitesse maximale atteint 400°/sec. Cette mesure est importante car elle permet de mettre en évidence des parésies oculomotrices sub-cliniques. Par exemple, une atteinte du nerf oculomoteur externe (VI) gauche se traduira par un ralentissement des vitesses des saccades de l'œil gauche dans le regard vers la gauche.

• La précision de la saccade se définit comme le rapport entre l'amplitude de la saccade de refixation et l'amplitude globale du stimulus. Elle est normalement supérieure à 80%. Nous rappelons que ce paramètre est sous contrôle cérébelleux.

La poursuite lente oculaire est tout à fait analysable sous VNG. Le stimulus est un mouvement de rampe lent (0,4 Hz) délivré avec une amplitude de +/-20° de façon continue. Il est demandé au sujet de saisir et de suivre cette cible en vision centrale, fovéale).

Il doit être étudié, sur les tracés :
• L'aspect général de la courbe doit être lisse ("smooth pursuit" des anglo-saxons), avec donc une absence de phénomènes saccadiques,

• Le gain se calcule sur le rapport de la vitesse de l'œil par rapport à la vitesse de la cible. Chez les sujets normaux, ce paramètre doit être supérieur à 0,7 (Freyss et al., 1984) et identique d'un côté et de l'autre.

Le nystagmus optocinétique nous paraît d'un intérêt fondamental.

En effet, «le système optocinétique est le partenaire constant du système vestibulaire» (Waespe et al., 1977). Cependant, pour être réellement étudié, il convient d'effectuer une stimulation de tout le champ visuel (Baloh et Honrubia, 1990). C'est pourquoi nous utilisons un générateur en champ visuel total (360°) mobile selon 3 axes. Seul ce type de stimulus permet d'obtenir des stimulations avec vection circulaire per-rotatoire. Les autres stimuli (écran plat ou barre de diodes, par exemple) n'interrogent que le système de poursuite fovéale et non le système optocinétique.

En effet, il convient de bien distinguer le nystagmus consécutif à une stimulation optocinétique (poursuite fovéale) du nystagmus obtenu en réponse à l'engagement du réflexe optocinétique . Ce dernier seul teste effectivement le système optocinétique. Cette différence est bien notée sur le tracé de la figureci dessous.


Enregistrement de mouvements oculaires lors d'une stimulation optocinétique horizontale (tracé d'A.Sémont). En regardant le tracé inferieur, on peut constater que, jusqu'à 12 secondes, la vitesse de phase lente du nystagmus croit vers une valeur égale à celle du stimulus, cela correspond à la reponse associée du systeme de poursuite optocinétique, au-delà, cette vitesse moyenne diminue. Le systeme de poursuite a laissé place au seul réflexe optocinétique.


Nous utilisons dans notre protocole des stimuli horizontaux et verticaux de 20 et 40°/sec. Ceux-ci sont délivrés par un planétarium (figure 25), la stimulation se fait donc bien en champ visuel total. Pour une vitesse de 40°/sec, la fréquence normale du nystagmus est de 2,9 Hz +/-0,5 et la vitesse moyenne de phase lente se situe à 28,7°+/- 4,3 (Vitte et al., 1994).

 

  Posturographie dynamique : Equitest & Smart pour l'exploration et la réhabilitation vestibulaire

La posturographie n'est pas, en France, une technique nouvelle. Le Dr BARON O.R.L. et ophtalmologue est le nom le plus connu dans le domaine. Son disciple P-M GAGEY a continué de promouvoir cette discipline avec beaucoup de talent, de persévérance et de compétence. Il s'agit de posturographie statique c'est à dire sur des plateformes normalisées stables. Dans le domaine vestibulaire donc essentiellement mobile et dynamique ce genre de matériel est inadapté. La posturographie statique s'adresse en fait à l'exploration des algies posturales dans un but de correction. Aux US un élève du M.I.T.: Lew NASHNER a construit après être passé par le laboratoire d'Alain Berthoz une plateforme de posturographie dynamique computérisée qui porte le nom d'EQUITEST®. Il est important de différencier une machine de posturographie dynamique d'une plateforme de posturographie statique rendue mobile par un système type: planche sur rouleau. Cette dernière est une plateforme statique montée sur un système mécanique qui lui donne de la mobilité dans tous les plans. Autrement dit les mouvements sont libres. Cette liberté de mouvement génère beaucoup de bruit et il devient difficile de distinguer la différence entre un syndrome extra-pyramidal, un sujet âgé qui a peur de tomber et un sujet vestibulaire.
La plateforme de posturographie dynamique est asservie aux mouvements propres du sujet. Ceci fait toute la différence. En effet l'asservissement fait que si le sujet ne bouge pas la plateforme ne bougera pas. En revanche si le sujet déplace son centre de masse de 8° à une vitesse de 20°/s la plateforme bougera selon les mêmes paramètres.
Cette machine est utilisée pour tester l'organisation neurosensorielle d'un sujet. Formulé autrement la machine va déterminer comment le sujet utilise les trois entrées de la fonction d'équilibration pour tenir en équilibre. La computérisation des tracés va permettre de savoir si le sujet est capable de choisir l'entrée la plus adaptée à la situation dans laquelle il se trouve en cas de conflit.
Cette merveilleuse machine de test, complément des autres moyens d'investigations, ayant une capacité de mesure spécifique des entrées devait pouvoir aussi servir en rééducation.
L. NASHNER nous a fait l'amitié de développer à notre demande une machine qui peut servir à investiguer et rééduquer selon des paramètres que nous décrirons plus loin.

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